lundi 2 juillet 2007

Deux enquêtes de Sida Info Service

Xavier Bertin, responsable du Service Evaluation et Qualité à Sida Info Service a présenté l'enquête "Jeunes, sexualité et prévention du VIH" à la Conférence Aids Impact. Cette enquête réalisée durant l'année 2004 a notamment montré que de nombreux jeunes pensent que le VIH/sida concerne avant tout une minorité de la population (gays, toxicomanes, migrants), et que désormais le danger est moindre puisqu'il semblerait exister des traitements efficaces" contre la maladie.


Elisabete de Carvalho a présenté parallèlement une autre enquête de Sida Info Service sur les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH (2005).

Ces deux études sont téléchargeables sur le site http://www.sida-info-service.org/observer/etudes.php4

"On n'a pas le droit d'être heureux ?!"



Les promeneurs profitent du soleil sur le Vieux Port de Marseille en ce lundi matin. Ils achètent du poisson ou des bijoux, flânent. Soudain une dispute éclate.

- C’est mon beau-frère. Il a le sida. Qu’il laisse ma soeur tranquille.
- Quoi ! Je n'ai pas le droit d'être heureux ?! Je ne peux pas vivre une vie normale ?!

Les gens s’arrêtent, se demandent pourquoi ces cris.

Les acteurs du Théâtre de l’invisible sont en pleine action pour faire passer des messages de tolérance. Ils interpellent le public.

- Qu’en pensez-vous ? Il ne faut pas dire qu’on a le sida ? C’est ce que vous pensez, vous ?





Un homme prend la parole.

- Oui, ils ont le droit de vivre comme tout le monde.

Un autre ne sait pas.

- On n’est pas assez informé sur cette maladie. Il peut contaminer sa femme, non ?

L’un des acteurs reprend.

- Mais on se protège. Et puis si on veut des enfants, il existe des méthodes de procréation assistée. Il n’y a aucun risque.

La scène se prolonge. Les gens argumentent, s’opposent, concèdent que oui, c’est possible de vivre avec quelqu’un de séropositif.

Puis les acteurs repartent, presque comme si de rien n’était.

Stéphane, l’un des membres de la troupe du Théâtre de l’invisible, est content :

- Le public a immédiatement réagi. C’était très positif car des discussions se sont engagées sur la visibilité des personnes séropositives, sur le droit de vivre une vie comme les autres. Ca a très bien fonctionné.

Le Théâtre de l’invisible reproduira aujourd’hui et demain ces saynètes dans des lieux publics : rues, métro, bus… en abordant à chaque fois une thématique différente comme la famille, la sexualité ou le travail. Avec l’espoir à chaque fois de changer le regard des autres sur les personnes séropositives.

samedi 30 juin 2007

Questions à Louis-Charles Viossat

Nouvel ambassadeur français chargé de la lutte contre le sida et les maladies transmissibles

« Il faut aider les Etats francophones à accéder plus facilement au financement mondial »

Contrairement à votre prédécesseur Michel Kazatchkine, vous n’appartenez pas à la mouvance sida. Pourquoi avoir accepté ce poste d’ambassadeur en avril dernier ?

Parce que cette mission est passionnante et d’une importance unique compte tenu de la gravité des pandémies sur un plan sanitaire, éthique et de développement. Je compte apporter à ce poste mes compétences en matière de santé et de santé publique, acquises au ministère de la Santé où je suis inspecteur général des affaires sociales, ainsi que ma connaissance des questions de développement acquise au sein de la Banque mondiale et au travers des missions que j’ai faites pour la coopération française.

Quelles sont vos priorités ?

Je souhaite mettre l’accent sur la réaffirmation des principes éthiques dans la lutte contre le sida sur le plan national et international. Je pense qu’il s’agit d’une dimension-clef du poste d’ambassadeur. Sur le plan national, l’opinion publique et les leaders d’opinion ne sont pas encore suffisamment mobilisés autour des enjeux sida. Sur le plan international, j’interviendrai dans le plus grand nombre d’enceintes officielles, auprès des Etats et du secteur privé, et je m’efforcerai de mobiliser l’opinion publique. Unitaid et le Fonds mondial, où l’ambassadeur siège, sont des instruments uniques pour réaliser cet objectif.

Vos autres priorités ?

Une priorité - elle est à mon sens au cœur de l’action de l’ambassadeur - consiste à développer la visibilité de l’action de la France dans les instances internationales (Fonds mondial, Unitaid, Commission européenne) et auprès des Etats. Je suis frappé par le fait que les ONG que je rencontre, mais aussi des diplomates, me disent qu’ils ne voient pas l’action de la France sur le terrain. Alors que notre pays est depuis longtemps un leader dans le domaine du VIH/sida et qu’il développe énormément d’initiatives et de programmes. Je souhaite aussi soutenir la francophonie et les Etats francophones qui rencontrent parfois plus de difficulté que les autres pour accéder au financement mondial. Sur le plan national, je ressens le besoin de coordonner et d’harmoniser les positions des administrations de la Santé, des Affaires étrangères, des Finances… pour être encore plus efficace et percutant.

Vous évoquez des actions à long terme. A court terme, sur quoi allez-vous travailler ?

Il est nécessaire de faire croître rapidement le nombre d’Etats membres d’Unitaid afin d’atteindre nos objectifs de développement et d’accès universel aux trithérapies grâce à la taxe de solidarité sur les billets d’avion. Je réfléchis aussi à des initiatives lorsque la France prendra la présidence de l’Union européenne. Ce moment représentera une opportunité pour confirmer la France comme leader dans le domaine du VIH/sida. D’autant plus que je sens une attente et un intérêt de la part de nos partenaires. Et puis il y a la préparation de la conférence de reconstitution du Fonds mondial à Berlin, en septembre prochain.

Dans les pays du Sud en particulier, deux sujets font actuellement débat. Le premier concerne les microbicides. Les tests cliniques sur l’un d’entre eux, le Carraguard, ont été récemment arrêtés à cause des risques que ce microbicide entraînait pour les femmes. Cette piste en matière de lutte contre le sida doit-elle être poursuivie ?

Je ne suis pas comme Michel Kazatchkine un expert scientifique dans le domaine du VIH/sida. Je me repose donc sur l’expertise de l’administration et de mes interlocuteurs. Mon opinion est que la piste des microbicides est intéressante même si les recherches sont difficiles et demandent un assez lourd investissement. La France continuera à soutenir le partenariat international sur les microbicides car il s’agit d’un axe important sur lequel il faut travailler.

L’autre point concerne la circoncision. Le Conseil national du sida vient d’émetttre un avis de prudence quant à son utilisation pour réduire la propagation de l’épidémie de sida. Qu’en pensez-vous ?

J’ai eu l’occasion d’en discuter avec le président du CNS Willy Rozenbaum, avec Jean-François Delfraissy et avec les responsables de l’OMS. Il y a des faits scientifiques puisque trois études dont une conduite par l’ANRS ont démontré une efficacité de la circoncision en matière de prévention dans certains pays chez les hommes jeunes et hétérosexuels. C’est un fait qui porte sur des cohortes importantes de plusieurs milliers de personnes. L’avis du CNS montre toutefois l’importance de disposer d’études montrant les bienfaits de la circoncision sur le terrain. La mise en œuvre de ce nouvel outil de prévention doit être entourée de précautions.

L’Observatoire du droit à la santé des étrangers dénonce l’expulsion d’étrangers malades nécessitant des soins en France. En tant qu’ambassadeur chargé de la lutte contre le sida et des maladies transmissibles, interpellerez-vous les pouvoirs publics sur ces questions ?

L’ambassadeur est un garant de l’éthique. Son rôle n’est pas d’interpeller publiquement les pouvoirs publics sachant qu’il en est lui-même issu, mais sa mission le conduit à susciter l’attention des administrations et de leurs responsables sur telle ou telle situation qui poserait problème au regard du droit à la santé.

Les associations peuvent donc faire appel à vous lorsqu’elles constatent ce type d’événement ?

Bien sûr. Je répète que ce rôle fait partie des missions de l’ambassadeur. C’est bien comme cela que mes prédécesseurs l’ont compris, et je compte bien m’inscrire dans leurs pas.

vendredi 29 juin 2007

Théâtre de l'invisible

"Près de 6 personnes sur 10 ont le sentiment d’avoir déjà été discriminées du fait de leur séropositivité" (Enquête Sida Info Service). Cette discrimination existe dans le milieu médical – surprenant, n’est-ce pas !, dans la vie professionnelle, les assurances et les banques, notamment par rapport à un emprunt immobilier, un crédit ou un contrat.

Afin de faire réagir sur les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives, des acteurs investiront l’espace public de Marseille les lundi 2 et mardi 3 juillet 2007.

Dans le métro, les bus, un marché, ces acteurs mettront en scène des situations d’oppression devant des personnes ne sachant pas que la situation exposée est jouée. A la fin de chaque saynète, d’autres acteurs, mélangés au public, interpelleront les personnes présentes sur la situation d’opression avec l’intention de les faire réagir.

Ce théâtre de l’invisible est l’une des deux variantes des techniques du « Théâtre de l’opprimé » fondé par le Brésilien Augusto Boal. Toutes les scènes seront jouées par des membres d’associations marseillaises. Grâce au théâtre de l’invisible, la prévention descend dans la rue !

Infos pratiques : Les 2 et 3 juillet, quelque part dans Marseille ;-)

jeudi 28 juin 2007

Communiqué de presse

Conférence Aids Impact 2007 : Sida Info Service en direct de Marseille

A l’occasion de la 8ème Conférence internationale AIDS Impact, du 1er au 4 juillet 2007 à Marseille, Sida Info Service lance le blog « Sida-Marseille 2007 », avec le soutien financier du Groupement Régional de Santé Publique Provence-Alpes-Côte d’Azur.

« Sida-Marseille 2007 » est un blog d’informations destiné à relayer les actions menées par les acteurs de la lutte contre le sida pendant la Conférence.

Chaque jour, en direct de Marseille, des informations seront publiées sur le blog « Sida-Marseille 2007 » sous la forme de brèves, photos, portraits, interviews et podcasts.

« Sida-Marseille 2007 » entend être le point de rencontre des acteurs de la lutte contre le sida pendant ces quatre jours.

Pour accéder au blog « Sida-Marseille2007 » :
http://sida-marseille2007.blogspot.com/
ou http://www.sida-info-service.org

Par ailleurs, Sida Info Service présentera deux enquêtes dans le cadre de la Conférence Aids Impact :

  • Jeunes, sexualité et prévention du VIH, auteurs: Xavier Bertin et Cyril Giresse
  • Enquête sur les discriminations à l’encontre des personnes vivant avec le VIH, auteurs : Elisabete de Carvalho et Xavier Bertin
Ces deux études sont téléchargeables sur le site http://www.sida-info-service.org

Renseignements :
Sida Info Service
Florence Nicolaï Guerbe, Alain Miguet
Tél/Fax : 04 91 54 41 75
marseille@sida-info-service.org
amiguet@sida-info-service.org

mercredi 27 juin 2007

« Sida, la recherche française avec les pays du Sud »

La Ville de Marseille présente pour la première fois en France l’exposition réalisée par l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS) : « Sida, la recherche française avec les pays du Sud ».

A travers des exemples de questions posées aux pays du Sud (la diversité des virus, la prise en charge médicale adaptée, la prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant…), l’exposition sous forme de grands panneaux, évoque les réponses apportées par les chercheurs du Sud et du Nord.

Un film témoigne par ailleurs de la participation des associations de personnes vivant avec le VIH/sida aux programmes de recherche et s’interroge sur les questions éthiques.

Du 25 juin au 13 juillet 2007
Lundi au vendredi de 9 h 30 à 16 h 30.
Fermeture exceptionnelle le 28 juin 2007
Centre de vaccinations internationales
23, rue Louis Astruc
13005 Marseille

Renseignements : 04 91 14 56 21

mardi 26 juin 2007

Questions à Joël Canapa, vice-président de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, délégué à la Solidarité, la Prévention et la Sécurité

"La Région se consacre essentiellement à des actions de prévention"

Quelles sont les priorités de la région PACA en matière de lutte contre le sida ?

La Région a mis en place une politique de santé à part entière déterminée par trois axes. Le premier concerne les territoires. La Région PACA est très vaste et très contrastée avec une partie bord de mer très différente de l’arrière-pays. Et dans chaque département, les parties côtières n’ont rien à voir avec les parties alpines. Nous avons donc engagé une démarche par territoire pour essayer d’agir au plus près des besoins des populations. Nous avons lancé ensuite un observatoire de la précarité et de la pauvreté qui nous permet de mener de vastes études ciblées géographiquement. Nous nous sommes ainsi aperçus que 27 % de la population vivait avec des revenus inférieurs à 600 euros par mois. Et que ces personnes n’étaient pas toutes localisées dans les grands centres urbains où la politique de la ville peut agir, mais se situaient en milieu rural. A partir de ces constats, nous menons des politiques adaptées. Enfin nous travaillons par types de publics.

En ciblant plus particulièrement les jeunes…

C’est cela. La Région estime qu’elle est particulièrement compétente sur la question des jeunes puisqu’elle finance en totalité ou partie les lycées, les CFA, les universités et les missions locales. Comme nous ne voulons pas seulement nous intéresser à l’état des bâtiments mais aussi aux personnes qui vivent dedans, nous avons défini une politique de prévention en matière de sexualité, de grossesses non désirées et d’IST. En inscrivant ces actions dans un Contrat de plan, la Région montre que ces questions sont aussi importantes que des problèmes de lignes SNCF ou d’autoroutes. Dans ce Contrat, toute la dimension humaine de la vie en société apparaît.

De nombreux séropositifs vivent en région PACA. La Région prend-t-elle des mesures particulières pour leur faciliter la vie ?

La Région se consacre essentiellement à des actions de prévention. L’Etat doit conserver toutes ses reponsabilités sur les questions de santé. Cela n’exclut pas que dans tel ou tel endroit, la Région n’aidera pas une association de soutien pour les personnes en fin de vie. Mais cette mesure particulière ne rentrera pas dans le cadre d’une politique globale.

Comment travaillez-vous avec le tissu associatif local ?

Le tissu associatif régional est assez développé pour tout ce qui concerne les questions traitant de sida et de sexualité. En même temps, il est trop localisé. La Région compte quatre millions et demi d’habitants avec trois départements - Bouches-du-Rhone, Var et Alpes-Maritimes, qui regroupent à eux seuls à peu près trois millions et demi d’habitants. Dans les grandes villes comme Marseille, Nice, et dans une moindre mesure Toulon, le milieu associatif est développé. En revanche, les départements alpins - Alpes-de-Haute-Provence et Hautes-Alpes, représentent un ensemble de 250 000 habitants, c’est-à-dire un quartier de Marseille. Le tissu associatif est à l’image de cette faible population. Or ces rares associations doivent couvrir un champ géographique assez vaste. La politique d’appels à projets que nous prônons à son intérêt puisqu’elle exige des associations qu’elles couvrent toute la région en ne se contentant pas des grands centres urbains. L’idée est que le lycéen d’une commune rurale soit au contact d’une action de prévention une fois par an au moins comme peut l’être le lycéen étudiant à Marseille ou à Nice.

Pourquoi l’Hôtel de Région a-t-il décidé d’accueillir l’exposition « Aimer sans peur - Solidarité et prévention : apprenons à vivre avec le SIDA », du 15 mai au 11 juillet 2007 ?

De par son immensité, l’architecture du bâtiment se prête à de grandes expositions. Nous voulons en plus que ces expositions donnent du sens et qu’elles appellent à réfléchir. Cette approche n’est pas seulement culturelle, elle s’inscrit dans une démarche pédagogique et d’éducation. « Aimer sans peur » a été créée par la Région en partenariat avec l’association AIDES et le CRIPS PACA dans le but d’informer, faire de la prévention et dénoncer les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives. Ce qui nous tient aussi à cœur, c’est d’attirer l’attention sur les inégalités dans l’accès aux traitements entre les pays riches et les pays pauvres.

Que représente la venue à Marseille de la 8ème Conférence AIDS Impact pour la région PACA ?

Quand on veut qu’une politique de prévention soit efficace, il est nécessaire de mener des actions de terrain en étant au plus près des gens. En même temps on a besoin de créer parfois de grands événements pour attirer l’attention. Vous savez mieux que moi que la question du sida est moins médiatisée qu’autrefois. Aujourd’hui, des gens croient qu’en prenant trois cachets, la question du sida sera réglée. Il faut sans cesse rappeler que ce n’est pas si simple. De même que nous travaillons avec le tissu associatif, nous voulons favoriser la recherche et la réflexion sous tous les aspects du VIH/sida. La venue de cette Conférence AIDS Impact à Marseille, avec l’apport financier et logistique que la région lui apporte, doit favoriser ce travail engagé au niveau international.